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Vous trouverez sur cette page des conseils pour vous occuper de votre âne.
De l'alimentation aux soins en passant par l'attelage et le bât, chaque article est écrit par des spécialistes et vous aide à mieux vivre avec votre compagnon favori !

N'hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions concernant un sujet particulier, nous tenterons de répondre aux interrogations les plus fréquentes.

Anes, chevaux et poneys ne sont pas égaux face à leur ration d'avoine !...
L'article de J.L. TISSERAND, explique les caractéristiques de la digestion chez l'âne ainsi que les conséquences sur leur alimentation.

L' ALIMENTATION DE L' ANE

En sa qualité d'équidé, l'âne, herbivore monogastrique, bénéficie pour sa nutrition des nombreux travaux réalisés chez les équins. Son alimentation est le plus souvent raisonnée comme celle du cheval.
Les récentes recherches effectuées chez l'âne mettent en évidence des différences de physiologies digestives qui ont des répercussions sur son alimentation.
Après avoir passé en revue les principales particularités de la digestion chez l'âne nous nous proposons d'en tirer les conséquences pour son alimentation.

Les particularités de la digestion chez l'âne.

Par rapport au poney souvent utilisé pour étudier la digestion chez le cheval, les ânes ingèrent en plus grande quantité la paille. Les travaux que nous avons conduits (tableau 1) montrent que s'il n'y a pas de grande différence pour les foins, la paille seule ou complémentée est consommée en plus grande quantité chez l'âne. Cela est d'autant plus net que la ration est riche en cellulose.

Tableau 1 : Niveau d'ingestion comparée du foin et de la paille
seule ou complémentée chez le poney et l'âne.
Tableau 1
CB : cellulose brute - MAT : matière azotée totale
Ms : matière sèche - T.Soja : tourteau de soja

Tableau 2 : Composition comparée des refus de fourrages
chez le poney et l'âne.
Tableau 2

Deux éléments permettent d'expliquer ce phénomène. L'âne trie plus que le poney comme le montre le tableau 2. Il recherche un taux minimum en cellulose avec un fourrage de bonne qualité et surconsomme l'azote dans les fourrages pauvres en cet élément. Il consomme moins d'eau par Kg de matière sèche ingérée (90 %) que le poney sauf si la ration contient de l'urée. Nos travaux ont montré qu'à niveau d'ingestion comparable l'âne digère mieux que le poney, en conséquence, il tire plus d'énergie du fourrage (MODI : Matières organiques digestibles ingérées). (Tableau 3). Cette supériorité de l'âne est due au fait que le volume de son caecum, lieu de la digestion des parois des fourrages pour produire de l'énergie (AGV : Acides gras volatils), est supérieur ramené au poids à celui du poney (140 à 160 %). A même niveau d'ingestion, le temps de séjour des aliments dans le caecum de l'âne est supérieur (110 à 120 %) à celui chez le poney. Il s'en suit que la production d'acides gras volatils (AGV) est plus élevée chez l'âne qui tire environ 1.5 à 2 fois plus d'énergie du fourrage par rapport au poney et cela d'autant plus que le fourrage est pauvre.
Pour ce qui est de la complémentation de la paille les études que nous avons réalisées (tableau 4) montrent que la complémentation ne modifie pas la supériorité de l'âne pour utiliser la paille. Toutefois ce dernier est plus sensible à l'apport d'énergie qu'à celui d'azote. Les ânes sont plus aptes à recycler l'urée sanguine pour fournir de l'azote permettant une bonne croissance des microbes du gros intestin. Chez l'âne un excès de concentré a tendance à perturber l'activité microbienne dans son gros intestin.

Tableau 3 : Comparaison de l'utilisation du foin et de la paille
chez le poney et l'âne.
Tableau 3

Tableau 4 : Comparaison de diverses complémentations
de la paille sur son utilisation par le poney et l'âne.
Tableau 4

Conséquences pratiques pour l'alimentation de l'âne.

Nos travaux qui sont en accord avec les principales études réalisées au niveau mondial mettent en évidence la supériorité des ânes pour valoriser les fourrages par rapport aux concentrés. L'utilisation de fourrages agglomérés ne permet pas à l'âne d'utiliser son aptitude au tri. L'efficacité de sa digestion microbienne dans le gros intestin nécessite un apport suffisant de cellulose ce qui limite l'emploi des aliments concentrés.
Enfin son besoin en eau étant faible, les aliments très riches en eau ont tendance à être sous consommés. Il faut en particulier éviter une herbe gorgée d'eau.
Les besoins énergétiques de l'âne pour son entretien et particulièrement pour son travail étant inférieur à ceux du cheval, il faut éviter de surcharger en graisse l'âne. Les apports d'énergie doivent être de l'ordre de 75 % de ceux recommandés dans les tables INRA pour les chevaux. Il en est de même pour les besoins azotés du fait d'une meilleure utilisation de l'urée sanguine. En ce qui concerne le pâturage l'âne préfère une prairie permanente sur sol sain à une culture intensive de grami-nés car il aime avoir le choix entre plusieurs espèces. Il ne faut pas un pourcentage trop important de légumineuses pouvant apporter un excès d'azote. Il faut veiller à un apport suffisant de cellulose en évitant de faire pâturer des plantes trop jeunes. Toutefois dans les prairies permanentes, il existe des plantes toxiques comme les fougères qu'il convient d'éviter car elles peuvent être consommées en période de disette. Pour ce qui est des fourrages conservés, le foin, s'il n'est pas trop riche en légumineuses est tout à fait adapté aux besoins de l'âne. Il faut éviter les fourrages poussiéreux ou moisis. Souvent une bonne paille bien saine est préférable à un mauvais foin. les ensilages surtout s'ils sont riches en eau. sont peu recommandés. Il en est de même des fourrages déshydratés agglomérés qui ne permettant pas le tri risquent d'apporter insuffisamment de cellulose.
Parmi les compléments énergétiques, les céréales sont souvent utilisées, l'orge est la plus souhaitable suivi de l'avoine malgré sa carence en lysine. Mais le mais en excès et surtout le blé du fait de son pouvoir gonflant sont à utiliser avec précaution. Le sucre est peu apprécié par l'âne et ne constitue pas un apport d'énergie de qualité. Bien que l'âne consomme facilement les fruits, il ne faut pas en abuser car cela provoque chez l'âne des troubles digestifs. 11 faut éviter de faire pâturer les ânes dans des vergers ou dans des pâtures ou il risque d'y avoir beaucoup de glands. Si le cheval aime le pain, il faut en limiter l'utilisation chez l'âne car il peut provoquer des troubles. Il ne faut pas oublier que l'âne a des gros besoins en minéraux et plus particulièrement en sel.

En conclusion, l'âne est particulièrement adapté à utiliser des fourrages riches en cellulose à condition de pouvoir trier et avoir une complémentation adaptée en énergie sous forme d'amidon mais sans excès. Dans les pays en développement, personne ne s'occupe de l'alimentation des ânes. Dans nos pays ce n'est pas une priorité. Il convient toutefois d'adapter au mieux la ration des ânes en leur laissant la possibilité de faire leur choix. L'âne est un animal peu exigent, c'est souvent l'homme qui en voulant lui faire plaisir risque de provoquer des troubles.

J.L. TISSERAND
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