Avec ce numéro de l'âne bleu je termine le cycle de mes articles consacrés aux maladies de la peau avec les affections néoplasiques et les maladies systématiques à expression dermatologique.
I - AFFECTIONS NEOPLASIQUES
Les Sarcoïdes :
J'ai consacré dans le numéro de décembre 2002 un article le plus complet possible sur les sarcoïdes. Cette affection est la plus fréquente chez l'âne, j'ai reçu de nombreux appels téléphoniques, j'ai pu suivre quelques cas dans mon entourage asin de Tarn et Garonne pour visualiser des lésions et apprécier quelques traitements. C'est pour cela que je vais reprendre les principaux éléments déjà décrits en 2002, tout en précisant que de nombreuses interrogations persistent sur l'origine, la transmission ou la pertinence de tel ou tel traitement que Jackson fut le premier à en donner une définition précise en 1936.
La sarcoïde est une tumeur fibreblastique n'entraînant pas de métastase mais pouvant prendre des proportions la rendant non seulement inesthétique mais invalidante.
Plusieurs formes ont été décrites et classées en : Occultes (rares chez l'âne), verruqueuses avec des lésions présentant des nodules et des aspects de verrues avec hyperkeratose, nodulaires avec des nodules sphériques bien délimités souvent en position sous épidermique, fibroblastiques dont l'aspect est ulcéré, très vascularisé plus ou moins pédiculés, mixtes qui associent les trois derniers et enfin les sarcoïdes malignes ou malveillantes fortement invasives mais heureusement plus rares.
Les animaux les plus concernés sont les jeunes avec un maximum de cas entre 3 et 6 ans. La race ne joue pas, ni la couleur de la robe. Des recherches s'effectuent sur les facteurs génétiques, le sexe...
voudrais insister, par contre, sur la relation entre les traumatismes locaux et le développement de sarcoïdes, car on trouve une fréquence d'apparitions de tumeurs sur les endroits du corps exposés à des traumatismes. De même les insectes peuvent intervenir en tant qu'agents agressifs sur des sarcoïdes existant et aggravant le phénomène. De même les insectes (mouches, moucherons…) peuvent intervenir dans l'épidémiologie des sarcoïdes notamment sur les régions du corps à peau fine et peu poilue là où la peau est glabre et moite. C'est le cas en région péri oculaire et para génital. Le risque de contamination par les insectes est controversé par certains alors que d'autres reconnaissent leur influence dans la propagation d'animal à animal.
Enfin en ce qui concerne le diagnostic la seule certitude se fait par l'histologie avec, en tête, que toute investigation a de fortes chances d'accélérer le phénomène.
Les traitements proposés sont nombreux mais chaque sarcoïde est un cas particulier et une seule technique ne convient pas à toutes les situations. Les difficultés pour s'engager dans la meilleure thérapie font que seuls les vétérinaires peuvent aiguiller sur un traitement et souvent font appel à des confrères plus spécialisés et équipés pour des traitements invasifs.
Les interventions chirurgicales vont de l'exérèse classique à de simples ligatures en passant par la chirurgie au laser ou la cryothérapie. Le principe fondamental est de pouvoir pratiquer une exérèse large allant au-delà des cellules atteintes.
L'électrothérapie, la radiothérapie ou la chimiothérapie sont des traitements très spécialisés. Dans certains cas l'immunothérapie, notamment avec l'utilisation du B.C.G. a été utilisée.
L'utilisation de topiques a tendance à progresser mais, là aussi, demande beaucoup de prudence par une adaptation au type de lésion et par la mise en place d'applications raisonnées en réalisant des applications tests pour éviter des réactions locales trop violentes. Les Topiques cytotoxiques et antimitotiques ne peuvent être utilisés que par des vétérinaires selon un protocole très précis. Il en est de même pour les topiques faisant appel à la chimiothérapie autre que les agents antitumoraux.
Je voudrais insister, à ce moment de mon article, sur le fait que l'on ne doit pas tirer des conclusions hâtives sur un cas traité qui peut faire croire au miracle ou à la catastrophe et surtout ne pas jouer à l'apprenti sorcier.
Dans les deux derniers numéros de l'ANE BLEU (déc. mars) j'ai lu attentivement les articles sur une application d'un topique SelektxxTerra avec des résultats opposés. Merci à nos adhérents de témoigner. Cela m'a permis d'aller à la recherche d'information que j'essaye ensuite de vous transmettre.
J'ai contacté le fabricant qui m'a expédié la thèse écrite en 2008 par Marie Mélanie GUILLEMIN, thèse très complète sur les sarcoïdes et sur le topique SelektxxTerra qui m'a permis de tirer quelques notes. Je n'ai pas utilisé cette pommade, mais m'en suis procurée un flacon, à base de chlorure de Zinc et d'extraits de rhizome de sanguinaire (Sanguinaria Canadensis). Mise au point par le Dr Ken LARSON, professeur à l'Université du Colorado, elle provoque une stimulation des réactions immunitaires, ce qui aboutit à un rejet de la sarcoïde. Des réactions secondaires inflammatoires, purulentes apparaissent dans un premier temps. Cette pommade n'est pas considérée comme un médicament, dans la notice il n'y a aucune contre indication hormis le risque de déformation de l'oreille après une application sur le pavillon auriculaire. Je ne peux que vous apporter les conclusions de la thèse qui s'appuie sur des consultations de 262 vétérinaires, un total de 103 équidés comptabilisant 290 sarcoïdes. SelektxxTerra apporte une amélioration soit par la chute de la sarcoïde, soit par diminution de sa taille dans 84% de l'étude. Chez 18% des animaux après une amélioration, une récidive est apparue.
Cette étude est descriptive et non vraiment analytique. Toujours le même conseil : ce topique semble apporter des résultats mais doit s'appliquer sous la responsabilité d'un vétérinaire.
Ajoutons que d'autres topiques sous forme de pommade existent, comme ceux destinés à la médecine humaine soumise à prescription ou comme l'AW4 qui est une combinaison expérimentale de métaux lourds mis au point et produits par l'université de Liverpool.
L'utilisation d'un désinfectant astringent et insecticide a été décrite par Yves Duclos (ANE BLEU décembre 2008), Yves m'avait fait part de cette expérience qu'il avait tentée sur Nana en désespoir de cause. J'ai moi-même utilisé une solution de grésil sur une sarcoïde située en région palpébrale. Chloé est une jeune ânesse qui avait été porteuse d'une petite tumeur au niveau de la paupière gênante qu'un confrère a pu, chirurgicalement éliminer. Hélas une récidive importante avec exacerbation du volume sous la forme d'une sarcoïde fibroblastique, qui n'était plus opérable. Avec beaucoup de précautions, de dilutions tests, de protection de la cornée nous l'avons traitée à intervalles de plus en plus espacés avec des réactions locales maîtrisées, nous avons évité l'agression permanente des mouches et obtenu un " assèchement " de la tumeur qui paraît se stabiliser. La pose d'un filet de protection récemment effectuée permet d'éviter les mouches, en particulier. C'est une expérience, je n'en tire aucune conclusion. (photos 1-2-3-4).
J'en profite pour citer le cas de Falbala, ânesse de 6 ans, atteinte d'une sarcoïde de la mamelle. Une pommade antimitotique avait été prescrite mais impossible à appliquer compte tenu des difficultés d'approche de cette ânesse aux réactions souvent excessives. Après consultation à l'école vétérinaire de Toulouse, le Professeur TAMZALI a proposé une exérèse au laser avec l'obligation d'exérèse d'un trayon. C'était il y a un an, depuis Falbala, qui portait un fœtus de 2 mois, a annoné et nourrit son ânon. (photos 5-6).
Les Mélanomes :
Tumeurs bénignes composées de mélanocytes, on les trouve surtout autour des gros vaisseaux, sur les muqueuses orales ou bien autour de la vulve et de l'anus. Elles concernent surtout les individus gris et ont peu de relation avec la pigmentation et la pilosité.
Le traitement chirurgical par exérèse ou ligature est le plus utilisé, avec les mêmes précautions que pour les sarcoïdes.
Pour mémoire notons quelques affections moins fréquentes : l'Epithelioma Spino-cellulaire et les lymphomes.
I - LES MALADIES SYSTEMIQUES A EXPRESSION DERMATOLOGIQUE
Les affections cutanées sont souvent la part visible d'une affection systémique importante. D'une manière générale lorsque l'on se trouve dans l'incapacité de résoudre un problème dermatologique il faut s'orienter vers une maladie systémique sous-jacente.
Les symptômes peuvent être variés et l'on parle de : vésicules, urticaire, alopécie, croûtes, ulcérations ou nodules. Le pelage se modifie avec un poil terne, rêche ou une mue anormale. Les sabots, qui je le rappelle, ne sont qu'une continuité de la peau peuvent présenter des anomalies : inflammations des bourrelets, dermatites, fissures… Les causes peuvent être multiples : alimentaires par les malnutritions, toxiques ou d'origine endocrinienne. L'origine hépatique avec le syndrome de photo-sensibilisation et quelquefois apparition d'ictère a été décrite chez le cheval et applicable vraisemblablement à l'âne.
Merci de vos témoignages, n'hésitez surtout pas à les communiquer c'est ainsi que l'on fera avancer la connaissance à côté de ceux qui cherchent, analysent scientifiquement la pathologie asine.
Asinement vôtre, Jacques ROSET