Les affections de la peau sont nombreuses, souvent difficiles à diagnostiquer et toute perturbation de son équilibre peut déclencher une affection locale ou systémique. La peau et le pelage sont un miroir de l'état de santé des animaux, de l'âne et des équidés en particulier. Le sujet est suffisamment large pour que je puisse traiter en un seul article : des propriétés structurelles et physiologiques de la peau d'une part, des affections cutanées d'autre part.
Afin de comprendre tous les problèmes concernant telle ou telle affection cutanées il est logique de connaître les principales fonctions de la peau et son anatomie. Pour ce faire, je me suis beaucoup appuyé sur un article récent paru dans une revue spécialisée "Pratique vétérinaire équine". Les deux dessins que vous découvrirez sont tirés de cet article.
I - Rôles et principales fonctions de la peau
La peau est l'organe le plus vaste et le plus externe de l'organisme et couvre la totalité du corps. Même si l'article dont j'ai fait référence, traite de la peau du cheval il est très largement approprié à notre ami aux grandes oreilles. Certes, quelques différences seraient sûrement décrites dans une anatomie comparée. L'âne a une peau plus résistante, voire plus épaisse dans le contexte géographique de notre territoire ce qui fait qu'il est plus apte à affronter des contacts avec des végétaux tels que les ronces et éventuellement supporte mieux certaines blessures cutanées qu'entraînent plus de conséquences chez le cheval à peau plus fine.
Enveloppe corporelle, le premier rôle de la peau est de maintenir un milieu interne stable et donc de permettre le bon fonctionnement des organes internes en empêchant entre autre et par exemple les pertes d'eau.
Le deuxième rôle essentiel est la protection contre l'environnement en protégeant contre les agressions physiques, chimiques ou microbiologiques.
La peau est un organe sensoriel à part entière car elle est le siège de nombreuses terminaisons nerveuses qui permettent de détecter la chaleur, le froid, la pression, la douleur ainsi que le prurit, appelé plus communément démangeaison.
Enfin, pour être complet, elle joue un rôle dans la régulation des paramètres internes tels que la température interne. Elle est un réservoir d'eau, d'électrolytes et de vitamines… et joue un rôle dans l'immunorégulation par la mise en place d'un système d'immunosurveillance.
II - Anatomie et Physiologie
La peau est un tissu complexe composé de cellules d'origines différentes qui vont lui donner toutes les fonctionnalités que je viens de décrire. A l'origine, la peau embryonnaire présente une unique couche de cellules et au fur et à mesure le tissu cutané s'épaissit et se densifie et d'autres types de cellules viennent s'y greffer pour déboucher sur l'apparition de l'épiderme, du derme et de l'hypoderme ainsi que la formation et le développement des annexes épidermiques, en particulier, des follicules pileux qui donnent naissance aux poils qui en sont la partie visible et qui ont un rôle important de protection et de reconnaissance des couleurs de la robe.
a - Macroscopie de la peau et des poils
La peau et le pelage varient en fonction des races, du sexe, de la région du corps et également de l'âge.
En ce qui concerne la peau, des différences notables d'épaisseur sont facilement palpables et même visibles. De façon générale elle est plus épaisse dorsalement que ventralement avec des zones beaucoup plus fines comme les zones de l'ars, de l'aine, des zones périgénitales et génitales, l'intérieur des oreilles ou beaucoup plus épaisse au niveau de la crinière et de la queue. La peau est souple, palpable et doit être facilement pinçable, sauf au niveau de la tête et surtout du chanfrein ou du front ainsi qu'au niveau des pâturons. L'impossibilité de pouvoir pincer la peau au niveau de l'encolure par exemple est liée à une déshydratation.
Les poils jouent un rôle important dans la perception sensorielle et comme je l'ai déjà écrit dans la protection de l'environnement, en particulier pour l'isolation thermique directement liée avec leur longueur, leur épaisseur et leur densité. La longueur des poils est définie dans un cycle pilaire sur lequel je reviendrai. Véritable reflet de santé, l'aspect du pelage est un des premiers éléments de diagnostic de l'état général, d’une bonne ou mauvaise alimentation. Une alimentation carencée fragilise les poils et les rend plus ternes. Un âne avec un poil brillant est un âne alimenté correctement et, sauf affections d'apparition brutale, en bonne santé.
La couleur du pelage et de la peau dépend principalement des facteurs génétiques. Plusieurs gènes ont été identifiés chez le cheval et je suppose que cela est transposable aux ânes. Chacun de ces gènes est associé à un défaut de production de pigments, à une diminution de pigment avec l'âge par exemple. De même certains gènes jouent un rôle dans la répartition des poils noirs ou d’autres déterminent la dilution des pigments et d’autres encore sont associés à la présence de zones blanches. La couleur du pelage peut enfin être modifiée par des effets secondaires de processus inflammatoires, immunologiques ou toxiques.
b - Structure de la peau

La peau regroupe de l'extérieur à l'intérieur : l'épiderme, le derme, le peaucier et l'hypoderme ainsi que les annexes qui sont les follicules pileux, les glandes sébacées et sudoripares – les sabots font partis des annexes.
Sans rentrer dans le détail anatomique de chacun de ces composants, on peut dire que l'épiderme est la partie kératinisée avec une couche cornée, couche morte qui desquame et qui est ancrée et nourrie par le derme à travers une jonction-dermo-épidermique.
Le derme est un tissu conjonctif qui a pour rôle de résister aux forces de tension et d'amortir celles de compression. Il joue également un rôle de barrière entre l'épiderme et le tissu sous-cutané contre les micro-organismes : cependant, certaines bactéries sont capables de produire des enzymes pour traverser le derme.
L'hypoderme est la couche la plus profonde et la plus épaisse, la plus vascularisée et qui inclut les muscles peauciers qui sont responsables des mouvements réflexes de la peau. L'hypoderme assure le stockage des lipides, de l'eau, l'isolation thermique et la protection contre les traumatismes.
Les follicules pileux ont pour rôle de produire le poil. Chaque follicule est dit de type simple, car il produit un seul poil primaire, associé avec des glandes sébacées et sudoripares et un muscle arrecteur qui permet de comprendre les positions de "hérissement" en particulier.
Les poils subissent un cycle folliculaire avec une phase de croissance, une phase de transition, une phase de repos et le retour à une phase d'activité qui produit un nouveau poil qui va entrainer l'expulsion de l'ancien. La photopériode et la température extérieure sont les facteurs extrinsèques qui rythment le phénomène, mais quelques facteurs intrinsèques peuvent perturber le cycle pilaire : génétique, état général, hormones. Les poils de la queue, de la crinière et des paturons sont permanents.
Les glandes sébacées sont étroitement associées aux follicules pileux. Elles sécrètent directement le sébum qui joue un rôle important dans le contrôle de la population microbienne et les pertes d'eau.
Les glandes sudoripares sont responsables de la sécrétion de la sueur qui joue un rôle primordial dans la thermorégulation.
Les sabots sont une production kératinisée issues de la prolifération des cellules du bourrelet. Le bourrelet est la partie située juste au-dessus du sabot à la jonction de la peau et de la corne. Le sabot de l'âne se caractérise par une corne plus dure que celle du cheval, phénomène bien connu des maréchaux.
En ce qui concerne la vascularisation seul le derme et l'hypoderme sont vascularisés avec un système de veines et d'artères. L'innervation cutanée est particulièrement développée.
Sur la peau apparaît, dès les premières heures après la naissance une colonisation bactérienne. La peau est exposée en permanence à la contamination par une grande variété de micro-organismes provenant de l'environnement, du contact avec d'autres animaux, avec les propriétaires (l'inverse est tout aussi vrai) et leurs propres sécrétions.
Si les poils et l'épiderme constituent une barrière physique, la flore microbienne résidente, non pathogène, prévient l’adhésion et le développement d'autres bactéries.
Compte-tenu du rôle important de la peau dans sa globalité son entretien, son examen régulier sont primordiaux pour une détection précoce de maladies cutanées propres ou de maladies systémiques.
La suite au prochain numéro, joyeuses fêtes et asinement vôtre
Jacques ROSET