Dans cet article, j'ai sélectionné les principales plantes qui provoquent des troubles, en les classant en deux grandes catégories:
- LES TOXIQUES VIOLENTES, entraînant une mort rapide après une ingestion en faible quantité.
- LES TOXIQUES, qui demandent une ingestion en quantité relativement importante, et qui ne provoquent la mort qu'après l'apparition de symptômes visibles, pouvant être traités avec quelques succès,
alors que la plupart du temps, dans la première catégorie, ou bien l'on retrouve l'animal mort, ou bien le traitement est très aléatoire, voire illusoire.
I - PLANTES TOXIQUES A ACTION RAPIDE ET A HAUT RISQUE
A - Plantes dont la consommation n'est pas rare.
1 - IF A BAIE (Taxus Baccata L)
Biotope : plaines jusqu'à 1400 m d'altitude, sols meubles et riches en substances calcaires, haies des jardins.
Description : arbre atteignant 20 m. à croissance lente, souvent arbustif, couronne de forme variable souvent conique, le tronc se ramifie à sa base ; écorce brun-rouge puis gris brun se desquamant, par plaques.
Ne contient pas de résine, donc ne répugne pas aux animaux. Il peut se confondre avec des résineux. Étant donné la grande toxicité, bien vérifier, au-delà de la clôture de vos pâturages. A couper et à enlever.
Caractères de toxicité : neuro Toxique (convulsivante). Tout est toxique, même plante sèche, hormis la pulpe de l'arille. L'intoxication se fait par ingestion de baies, consommation de feuilles après la taille (feuilles à rechercher systématiquement à l'autopsie).
Les symptômes sont :
Suraigu : mort brutale en 5 - 10 mn
Aigu : tremblement et collapsus cardiorespiratoire.
2 - LAURIER ROSE (Nerium Oleander. L)
Biotope : plante ornementale dans les haies, jardins du midi.
Description : arbrisseau dressé, 3 à 4 m. de haut, très connu, très décoratif. Bien enlever les feuilles après la taille.
Caractères de toxicité : cardiotoxique. Toute la plante est toxique. L'intoxication se fait par ingestion de feuilles fraîches amères, inappétentes, les feuilles sèches constituent le risque majeur. Les doses de toxicité pour les ânes sont de 15 à 30 gr.
Les symptômes sont : état semi-comateux avec bradycardie, blocs auriculoventriculaires, coliques, tremblements, paralysie respiratoire, convulsions, puis fibrillation et mort.
Le traitement spécifique : atropine + lavage gastrique très aléatoire.
3 - LAURIER CERISE (Prunus Laurocerasus L.)
Biotope : commun, haies de jardins.
Description : arbuste toujours vert ou petit arbre pouvant atteindre 8 m. Prendre les mêmes précautions que pour le laurier rose.
Caractères de toxicité : hétéroside cyanogénétique. Ce sont les feuilles et les graines qui sont toxiques. La toxicité pour les ânes est de 250 g.
Les symptômes sont : latence courte puis dysnée, muqueuses rouge brillant, tremblements musculaires, convulsions, mort brutale.
4 - BUIS (Buxus Sempervitens L.)
Biotope : collines, bois clair, rochers sur sol calcaire, jusqu'à 1500 m. d'altitude. Plante ornementale.
Description : arbuste pouvant atteindre 5 m., toujours vert, persistant, à odeur assez fétide.
Caractères de toxicité : Toute la plante est toxique. Les circonstances d'intoxication sont la consommation des jeunes pousses et des rameaux tombés sur le sol après la taille. La dose de toxicité par âne est de 400 g. feuilles.
Les symptômes apparaissent suivant la quantité ingérée : latence courte puis diarrhée, coliques, vertiges, convulsions, parésie, tachycardie, dyspanée, coma, puis mort rapide par paralysie respiratoire.
Le traitement spécifique est : atropine, réhydratation, mais très aléatoire.
5 - PHYTOLAQUE, RAISIN D'AMÉRIQUE; (Phytolacca Americana L.)
Biotope : commun, terrains vagues, talus, bords de routes ; parfois cultivé dans les jardins ou adventice.
Description : plante vivace, herbacée, grande et vigoureuse, jusqu'à 2 m. Tiges glabres, lignifiées à la base et souvent rougeâtres.
Caractères de toxicité : Entérotoxique (Diarrhée) - Toutes les parties de la plante sont toxiques. Les fruits mûrs contiennent moins de principes toxiques. La toxicité est plus rare chez les ânes que chez les bovins et porcins, mais agit en très faible quantité - (inférieure au gramme chez l'homme).
Les symptômes sont : latence 1 à 2 h., puis gastro-entérite, diarrhée sévère et douloureuse, parfois hémorragique, tachycardie, hypotension. La mort peut survenir dans les 6 heures.
6 - REDOUL, HERBE AUX TANNEURS, CORROYERE A FEUILLE DE MYRTE. (Coriaria Myrtifolia L).
Biotope : espèce méridionale, terrains calcaires, lisière de bois, bord de chemins et ruisseaux. Il s'agit d'un arbuste de 1 à 3 m, aux tiges jeunes carrées.
Caractères de toxicité : neurotoxique (convulsivante). Toute la plante est toxique, surtout les baies et les jeunes pousses, l'intoxication se fait principalement en broutant.
Les symptômes : une latence courte (20 mn à 2 h) - excitation, chute, crises avec convulsions augmentant d'intensité avec pédalage, entrecoupées de périodes de prostration puis coma + mydriase (dilatation de la pupille). Mort rapide devant une crise.
Traitement spécifique : barbituriques, diazépam, acépromazine, si on a le temps.
B - Plantes dont la consommation est rare.
1 - PRÊLE DES CHAMPS - GRANDE PRÊLE - PRÊLE DES MARAIS
Biotope : lieux humides et ombragés, bois, prés marécageux, bords de ruisseau...
Caractères de toxicité : identiques pour ces 3 plantes - neurotoxiques, convulsivantes. Toutes les parties de ces plantes sont toxiques. Les circonstances d'intoxication sont rarement
la consommation en vert, mais surtout celle de foin renfermant des prêles (>5%).
Les symptômes sont : intoxication aiguë, mydriase, coliques, convulsions, polypnée, dyspnée, ébriété, incoordination motrice.
L'intoxication chronique est rare. Elle est accompagnée de coliques et hémoglobinurie.
Traitement spécifique : administration de vitamine BI + caféine et tonicardiaque.
2 - MERCURIALE ANNUELLE
Biotope : c'est une plante très commune dans les terrains vagues, les friches, sur les bords des routes.
Description : C'est une herbacée annuelle de 10 à 50 cm, à tige glabre, droite, rameuse à la base. Ses feuilles sont vert clair, pétiolées, dentées, opposées. Elle est nauséabonde.
En principe, sauf grande disette, nos ânes ne la consomment pas.
3 - COLCHIQUE
C'est une liliacée vivace, à bulbe sous-terrain. Il pousse dans les prairies humides. L'intoxication est rare, mais possible au printemps par l'ingestion des feuilles et des capsules en faible quantité. Entérotoxique, le colchique peut entraîner la mort en 6 heures à 3 jours.
4 - THUYA (Thuja Occidentalis L.)
Biotope : cultivé dans les parcs et jardins, haies. Il s'agit d'un arbuste. Les parties aériennes sont toxiques,
surtout les jeunes rameaux. La plante est âcre, rarement consommée.
Les symptômes sont ptyalisme, coliques, météorisation, diarrhée sanguinolente évoluant vers dyspnée, paralysie avant la mort.
5 - CONCOMBRE D'ANE, ECBALLION.
Biotope : jardins (curiosité), sinon, commun dans les décombres, les endroits incultes (midi et ouest de la France).
Description : c'est une plante vivace, tiges couchées sur le sol, 20 à 60 cm, tige poilue. L'appareil souterrain est une racine charnue et persistante.
La pulpe du fruit et la racine sont toxiques. C'est leur consommation qui entraîne l'intoxication.
Les symptômes sont : anorexie, vomissements, coliques sévères, diarrhée avec selles aqueuses, augmentation de la diurèse, paralysie, coma et mort.
II - PLANTES TOXIQUES A ACTION LENTE.
De nombreuses plantes peuvent provoquer des intoxications. Je ne vous citerai que quelques-unes, classiquement reconnues. D'une manière générale, l'apparition des symptômes est longue et progressive.
Les quantités à ingérer doivent être relativement importantes. Souvent le traitement même, quelquefois difficile, est efficace. Enfin les animaux n'en consomment qu'en période de disette (grande sécheresse de 76 par exemple, pour les fougères).
Ce sont, entre autres, la FOUGERE AIGLE et la FOUGERE MÂLE à syndrome hémorragique. le CHÊNE PEDONCULE, chêne rouvre, surtout par consommation des glands verts et des feuilles, provoquant un syndrome intestinal (constipation).
La DIGITALE POURPRE des sols siliceux avec un tableau clinique dominé par des symptômes digestifs et rénaux. Le RHODODENDRON, buisson fleurissant de mai à juillet, jusqu'à 2500 m, d'altitude dans les Alpes, le Jura et les Pyrénées,
a une toxicité se rapprochant de celle de l'Aconitine (Aconits), et, si ingéré en quantité importante, peut entraîner la mort en 3 jours par asphyxie.
Cette liste est loin d'être exhaustive.
Si vous avez des doutes, amis des ânes, adressez-vous à un botaniste pour faire le tour de votre pâturage. Sinon, j'espère que cet article vous permettra de vous sensibiliser à certains risques que nos amis, pourtant très prudents,
peuvent encourir par amusement ou famine. S'il y a pénurie, pensez qu'une bonne paille peut être distribuée. Cela sera pour moi l'occasion d'un prochain article.
L'accident est trop bête lorsqu'il peut être facilement évité.
Les dessins et données techniques m'ont été fournis par la Chaire d'Alimentation de l'École Vétérinaire de Toulouse. Merci au professeur GRIESS et à mademoiselle RECH.
Asinement vôtre.